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Nouvelles Internationales Lu, 14/01/2013 - 17:44

Les jeunes réfugiées syriennes dans l’incertitude face à l’adolescence

Les discussions de groupe structurées permettent aux femmes et aux filles de bénéficier d'un soutien émotionnel

Article: Alina Potts, Photo: Peter Biro/L’IRC

ARSAAL, Liban - Un groupe de filles est assis sur des coussins posés par terre et se réchauffe près du poêle. Malgré le froid dans ce village de haute montagne près de la frontière avec la Syrie, elles laissent leurs chaussures à l'extérieur de la pièce dont le sol est couvert de tapis et sirotent quelques tasses de thé chaud en se tenant compagnie.

Âgées de 12 à 15 ans, ces filles font partie de notre nouveau Centre Communautaire pour les Femmes et les Filles que nous gérons en partenariat avec une ONG libanaise appelée ABAAD. Elles sont venues ici pour partager leurs expériences avec d'autres personnes qui comprennent ce qu'elles ont vécu, et pour discuter des difficultés auxquelles elles sont confrontées au Liban.

En tant que membre de l'équipe de réponse aux urgences de l'International Rescue Committee, je suis ici pour aider à mettre en place nos programmes pour les femmes et les filles réfugiées. Le nouveau centre constitue un élément important de nos efforts. Les discussions de groupe structurées permettent aux femmes et aux filles de bénéficier d'un soutien émotionnel dans un espace sûr et confidentiel. Les femmes et les filles qui fuient la Syrie sont marquées par le conflit, mais, comme dans de nombreuses autres zones de guerre dans le monde, leurs besoins sont souvent négligés. Pourtant, elles constituent la pierre angulaire de la guérison et du rétablissement au sein de ces mêmes communautés.

Pour les adolescents, s’intégrer dans la société est souvent difficile, et ce n'est certainement pas une exception ici. Après les horreurs que beaucoup de ces filles ont vécu en Syrie, elles parlent des difficultés qu'elles rencontrent dans leur quotidien: comment elles sont traitées par leur nouvelle communauté, leur ressenti face aux moqueries ou au fait de ne pas pouvoir aller à l'école. "Quand nous voulons nous rendre quelque part, nous devons y aller en groupe, mais même comme ça, nous nous faisons harceler verbalement", explique Aisha*, une fille qui vit dans une école abandonnée avec 22 autres familles syriennes.

Bien qu'Aisha et sa famille soient plus en sécurité ici qu’en Syrie, ils sont confrontés à de nouvelles difficultés au Liban. Les familles qui vivent dans l'école doivent payer un loyer, malgré le mauvais état et le surpeuplement. Le bâtiment manque de services de base tels que l'eau potable, le combustible pour le chauffage, les couvertures, et un espace séparé pour se laver ou pour faire la cuisine. Mais face à leur pénurie de biens et au peu d’alternatives, c’est au moins un abri contre le froid. Bien que cet endroit soit situé à seulement deux heures de route de la Méditerranée, ici en hiver, les températures chutent en dessous de zéro et il neige souvent.

Bien que les organisations humanitaires se dépêchent pour construire de nouveaux abris et pour améliorer ceux qui sont déjà utilisés, elles n’arrivent pas à suivre le rythme des nouveaux arrivants. Arsaal, où habitent environ 33.000 Libanais, a vu sa population augmenter de plus de 30 pour cent depuis que les combats ont éclaté en Syrie, en mars 2011. La ville accueille plus de 12.000 réfugiés syriens et le nombre d'arrivants augmente de jour en jour. Au total, près de 200.000 Syriens ont trouvé refuge au Liban. La plupart sont des femmes et des enfants, en majorité des filles.

Lara Nuwayhid, une travailleuse sociale du centre, offre une aide et un accompagnement psychologique, et organise des sessions de groupe pour adolescentes. "Avec tout ce qu'il se passe, avec tous les problèmes qu’elles doivent affronter et tous les traumatismes qu'elles ont vécus, les filles ont besoin d'un environnement sûr et confidentiel pour s'exprimer», explique-t-elle. "Elles ont besoin d'être entendues. C'est très rassurant de parler de ce qui s’est passé, de ce qu'elles ont vécu et d'entendre les expériences des autres. Cela les aide à sentir qu’elles ne sont pas seules." Ce centre de l’IRC est l'un des deux qui a ouvert ses portes l'année dernière, l'ouverture de deux autres centres étant prévue pour début 2013. Pas moins de 50 femmes et jeunes filles franchissent les portes du centre en une seule journée.

Je suis constamment frappée par la résilience remarquable des femmes et des filles que j'ai rencontrées. Elles ont survécu à d'énormes pertes, et se retrouvent dans un environnement incertain et dur. Pourtant, elles possèdent une capacité extraordinaire à persévérer. Ici, au centre de l’IRC, elles peuvent se rencontrer, se soutenir les unes les autres et trouver des services adaptés à leurs besoins.

Le rétablissement sera un processus long et difficile pour nombreuses d’entre elles. Pourtant, à la fin de la séance d’Aisha, je remarque qu'elle-même et les autres filles semblent être plus à l'aise. "Je me sens bien et plus détendue maintenant que je me suis exprimée. Je me sens mieux quand je viens ici."

* Le nom a été modifié afin de protéger l’identité et de garantir la confidentialité.

Alina Potts  est la coordinatrice responsable pour la protection et l’autonomisation des femmes au sein de l’équipe de réponse aux urgences de l’IRC. Elle a travaille avec l'IRC depuis plus de quatre ans. Son travail  pour la protection et l’autonomisation des femmes et des filles l'ont déjà amenée dans les camps de réfugiés de Dadaab, au Nord Kivu et au Darfour.


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